Plus de dix ans après son indépendance, le Soudan du Sud reste prisonnier d’une équation périlleuse, le pétrole brut représente plus de 90 % des recettes publiques, exposant les finances de l’État aux fluctuations des prix internationaux et aux perturbations des routes d’exportation via le Soudan. Face à cette vulnérabilité structurelle, le président Salva Kiir Mayardit multiplie les initiatives pour poser les jalons d’une économie plus résiliente.
Sur le plan des recettes, le chef de l’État a haussé le ton. Il a appelé l’Autorité des recettes du Soudan du Sud à renforcer la collecte des revenus non pétroliers afin de consolider l’économie nationale, insistant sur la nécessité de mobiliser davantage de ressources internes pour réduire la dépendance au pétrole et soutenir la stabilité économique à long terme. Les premiers résultats semblent encourageants : les recettes non pétrolières connaissent une progression depuis février, une évolution attribuée à des réformes administratives ayant permis de limiter les pertes et d’améliorer l’efficacité du système.
Cette volonté de rééquilibrage se double d’une ambition d’ouverture régionale. Le pays cherche à valoriser ses atouts agricoles et naturels pour diversifier sa croissance et à renforcer son intégration commerciale au sein de l’Afrique de l’Est. Un Forum national sur le commerce, tenu à Juba en juin, a ainsi réuni autorités, investisseurs et partenaires techniques pour débattre des moyens de repositionner le pays dans les échanges régionaux, un potentiel productif que les autorités comme les partenaires de développement jugent important mais sous-exploité.
Sur le terrain économique, quelques signaux positifs accompagnent ces efforts. Le PIB réel a rebondi à 4,0 % en 2024/25, après une contraction de 27,6 % l’année précédente, porté par la reprise des exportations pétrolières et l’amélioration de la production agricole. Les perspectives budgétaires s’améliorent également, avec un excédent attendu à 3,0 % du PIB en 2026/27.
Le chantier reste toutefois considérable : bâtir une base productive nationale solide, sécuriser durablement les recettes publiques et transformer le potentiel agricole en moteur de croissance. C’est dans cette direction que Salva Kiir entend désormais orienter l’action de son gouvernement, pour affranchir progressivement Juba de sa dépendance à l’or noir.
Amen K.