Le président congolais Félix Tshisekedi a ouvert le mercredi à Kinshasa la porte à un éventuel troisième mandat via un référendum constitutionnel, tout en conditionnant la tenue des élections présidentielles de 2028 à la résolution du conflit armé dans l’est du pays. « Je n’ai pas sollicité de troisième mandat, mais si le peuple le souhaite, j’accepterai », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse en marge de la Journée internationale de la liberté de la presse.
Cette sortie intervient dans un contexte politique tendu. Le 30 avril dernier, le député Paul-Gaspard Ngondankoy a déposé une proposition de loi de 93 articles visant à encadrer l’organisation d’un référendum, avec à la clé une révision constitutionnelle via une Assemblée constituante. La majorité présidentielle prépare activement le terrain.
Élu en 2018 puis réélu en 2023, Tshisekedi arrivera au terme de son second mandat constitutionnellement le dernier en 2028. Mais le chef de l’État a également posé une condition à la tenue du prochain scrutin. « Si on ne peut pas terminer cette guerre, malheureusement, on ne pourra pas organiser les élections en 2028 », a-t-il averti, évoquant l’exemple de l’Ukraine. Il a précisé que le scrutin ne saurait se tenir sans la participation du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, deux provinces sous emprise du M23 soutenu par le Rwanda.
Ces déclarations ont suscité des réactions immédiates. Le cardinal Fridolin Ambongo a dénoncé un projet qui détourne l’attention des crises que traverse le pays. L’opposant Delly Sessanga a accusé le pouvoir d’instrumentaliser la guerre pour geler la vie démocratique, rappelant que Tshisekedi lui-même avait, en 2016, combattu dans la rue le « glissement électoral » orchestré par son prédécesseur Joseph Kabila.
Face aux critiques, le président s’est défendu : « Je ne veux pas m’accrocher au pouvoir, mais je veux servir mon pays. » Il a par ailleurs relativisé les slogans de ses partisans favorables à son maintien, les qualifiant de « débat normal ».
Amen K.