Burkina Faso : Le capital national, nouveau moteur de la souveraineté économique
La souveraineté économique ne se décrète pas, elle se finance. Les autorités en font un principe : sans un secteur privé national fort, la maîtrise des ressources restera théorique. D’où l’encouragement affiché à l’émergence d’une « bourgeoisie patriotique », capable de porter le développement du pays.
Le secteur minier, premier pourvoyeur de devises, est le terrain le plus visible de cette orientation. Les réformes récentes du cadre minier visent à accroître la part des acteurs nationaux, qu’il s’agisse de la participation de l’État ou de la place faite aux opérateurs locaux, notamment dans la sous-traitance, les services et la transformation. Pour l’entrepreneur burkinabè, l’enjeu est de monter en gamme, de la simple fourniture à des activités à plus forte valeur ajoutée.
Le déficit énergétique reste un frein majeur à l’industrialisation. Le solaire, abondant dans le pays, ouvre la voie à des projets de production et de distribution où l’État peut s’associer à des investisseurs privés dans le cadre de partenariats public-privé. Pour les capitaux nationaux, c’est un secteur à fort potentiel, mais exigeant en financements longs et en expertise technique.
Coton, anacarde, karité, mangues, sésame : le Burkina exporte encore trop de matières premières brutes. La transformation locale constitue l’un des axes les plus accessibles aux investisseurs nationaux, car elle s’appuie sur des filières existantes et crée des emplois en milieu rural. Les autorités y voient un levier direct de réduction de la dépendance aux importations.
Le code des investissements prévoit des avantages, notamment fiscaux et douaniers, pour les projets jugés prioritaires. À cela s’ajoutent les dispositifs d’accompagnement de l’État en faveur des entreprises locales et la volonté de leur réserver une place dans la commande publique.
Reste l’épreuve de la pratique. L’accès au crédit, le coût de l’énergie, la sécurité des investissements dans un contexte sécuritaire tendu et la lisibilité des règles seront décisifs. Si ces conditions sont réunies, le secteur privé national pourrait devenir le vrai pilier de la souveraineté économique. Sinon, l’appel au patriotisme économique risque de rester un slogan.

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