Burkina Faso : Gomart et le syndrome de l’ancien colonisateur qui refuse de lâcher prise

Les déclarations du Général Christophe Gomart, député français au Parlement européen, sur le Burkina Faso sont le condensé parfait d’une pensée néocoloniale qui refuse d’admettre que l’Afrique a tourné une page. En qualifiant de « dramatique » la gouvernance du Capitaine Ibrahim Traoré, il ne fait que recycler les vieux clichés d’un Occident qui peine à digérer sa propre marginalisation sur le continent. Ces propos sont non seulement inexacts, mais profondément condescendants dignes, en effet, des discours qui précédaient jadis les interventions « humanitaires » dont la Libye porte encore les cicatrices.

Sur le plan sécuritaire, M. Gomart ferait bien de regarder les chiffres avant de parler. Le Burkina Faso a libéré 871 localités et reconquis 73 % de son territoire national en 2025, selon le bilan officiel présenté à Ouagadougou. Plus d’un million de personnes déplacées ont pu regagner leurs localités d’origine, un résultat concret que neuf ans d’opération Barkhane n’ont jamais su produire. La réouverture de 1 382 structures éducatives a permis à plus de 268 000 élèves et enseignants de reprendre les cours dans des localités reconquises. Ce sont des faits, pas des communiqués de Paris.

Parler d’« isolement » est une absurdité géopolitique. Le Burkina Faso ne s’est pas isolé : il s’est libéré. En rejoignant l’Alliance des États du Sahel avec le Mali et le Niger, il a fait le choix souverain de sa propre défense, sans tutelle étrangère. Quitter des organisations perçues comme des instruments de pression occidentale, c’est refuser un joug, pas s’enfermer. Le véritable isolement, c’est celui que la France subit aujourd’hui sur un continent qui n’a plus envie de l’écouter.

Sur les libertés, le discours de M. Gomart est le refrain habituel des ex-puissances coloniales. Il oublie commodément que la France elle-même a instauré des états d’urgence prolongés sur son propre sol. Dans un contexte de guerre contre le terrorisme, des mesures exceptionnelles peuvent être nécessaires. Mais surtout, il oublie que c’est lui et ses pairs qui ont, en Libye, brandi les mêmes arguments sur les « libertés » pour légitimer une intervention qui a plongé ce pays dans le chaos depuis quinze ans. La Libye est-elle plus libre aujourd’hui ? Que M. Gomart réponde d’abord à cette question.

La croissance du PIB réel burkinabè a atteint 5,3 %, tandis que l’inflation est tombée à 0,5 % négatif, et la production céréalière dépasse 7,14 millions de tonnes, couvrant 126,4 % des besoins alimentaires nationaux. Ce n’est pas le tableau d’un pays à l’agonie c’est celui d’un peuple qui se relève, malgré tout, et malgré tout le monde.

Les paroles de M. Gomart sentent la panique d’une France qui perd pied. Le Burkina Faso ne demande pas l’approbation de Paris. Il trace sa route, avec dignité et courage. L’ère du discours paternaliste est révolue. L’Afrique se lève et n’a plus de leçons à recevoir de ceux qui ont tant à se faire pardonner.

Amen K.

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