Au Mali, le salariat ne couvre à peine que 11,6 % de l’emploi. L’accès à un débouché formel reste hors de portée pour des milliers de jeunes et de femmes, tandis que le secteur informel absorbe l’essentiel de la main-d’œuvre dans des conditions souvent précaires. Face à ce défi structurel, le gouvernement mise désormais sur le numérique pour structurer durablement le marché du travail.
La sixième édition du Salon international du recrutement (SIR) s’est tenue à Bamako les 31 mai et 1er juin 2026, avec la participation de nombreuses entreprises, chercheurs d’emploi et décideurs. Placé sous le thème explicite « Sauvegarde et création d’emplois en temps de crise, des solutions disruptives pour un Mali résilient », cet événement reflète les difficultés d’un pays aux prises avec une crise politico-sécuritaire qui fragilise l’investissement. Depuis ses débuts, l’agence Emploi et Moi affirme avoir facilité l’insertion de plus de 2 500 personnes.
L’innovation phare du SIR 2026 est le lancement de la plateforme PLIO. Accessible à tous, cet outil permet de consulter des offres et d’y postuler en ligne. Parallèlement, la plateforme « Premier Mai » a été relancée comme vitrine des opportunités professionnelles. Ces solutions visent à rendre plus lisible un marché du travail fragmenté. « L’édition 2026 du SIR marque une évolution majeure. Elle consacre l’institutionnalisation du SIR à travers la reconnaissance du Premier Mai comme journée nationale des opportunités », a souligné M. Drissa Guindo, secrétaire général du ministère de l’Entrepreneuriat national, de l’Emploi et de la Formation professionnelle.
Le SIR quitte désormais le statut d’initiative privée pour s’imposer comme un dispositif pérenne et structurant. Réunir chaque année entreprises et candidats se veut une réponse concrète au chômage. L’enjeu est de taille. Selon l’Observatoire national de l’Emploi et de la Formation (ONEF), le Mali comptait près de 7 millions de personnes en emploi en 2024, dont seulement 643 407 salariés. L’INSTAT, qui publie un taux de chômage officiel de 3,5 %, reconnaît elle-même que le véritable défi est d’améliorer la qualité des emplois et de développer le secteur formel. Les femmes sont particulièrement touchées, avec un chômage féminin à 3,2 % contre 1,2 % pour les hommes.
L’intégration du numérique intervient alors que le pays enregistre une progression des créations d’emplois nets : 64 311 en 2024 et 65 503 en 2025. Mais le secteur privé a reculé, passant de 32 292 à 28 732 postes, signe d’une prudence des entreprises face à l’incertitude. Le secteur public reste le principal moteur avec 59 % des créations. Dans ce contexte, le numérique n’est pas une option : c’est une nécessité pour bâtir un Mali plus résilient.
Amen K.