Au Mali, pays quasiment dépourvu de production locale, la quasi-totalité des engrais est importée. Dans un contexte mondial marqué par des tensions géopolitiques et des chaînes logistiques perturbées, Bamako œuvre activement pour éviter les ruptures d’un intrant stratégique pour l’agriculture.
Le gouvernement malien a annoncé, le 16 mai, des discussions avancées avec la Russie en vue de sécuriser son approvisionnement en intrants agricoles. L’annonce a été faite en marge de la 17ᵉ édition du Forum économique international « Russie Monde islamique » à Kazan. Les échanges ont porté sur des mécanismes garantissant un approvisionnement « anticipé et régulier », afin de respecter le calendrier des campagnes agricoles.
À l’issue des travaux, les deux parties ont convenu d’un agenda opérationnel, d’un calendrier de livraison, ainsi que des dispositifs logistiques et financiers nécessaires. L’enjeu est stratégique : la Banque mondiale avertit que les prix mondiaux des engrais pourraient grimper de plus de 30 % en 2026, sous l’effet du conflit au Moyen-Orient et des perturbations dans le détroit d’Ormuz, par lequel transite près d’un tiers du commerce maritime mondial de fertilisants.
L’urée, principal engrais azoté, est particulièrement exposée. Son prix pourrait atteindre 675 dollars la tonne cette année, soit près de 60 % de plus qu’en 2025. Or, le Mali a importé près de 310 000 tonnes d’engrais azotés en 2023, dont 27 % depuis la Russie, alors deuxième fournisseur du pays.
Mais Moscou a récemment adopté une posture défensive, annonçant en avril le plafonnement de ses ventes à 20 millions de tonnes entre juin et novembre pour privilégier son marché intérieur. La Chine et l’Égypte ont également restreint leurs exportations. Autant de signaux d’une recomposition du marché mondial, où la sécurité alimentaire nationale prime désormais sur la fluidité des échanges.
Dans ce contexte, les pays dépendants quasi totalement des importations, comme le Mali, sont les plus vulnérables. Entre 2019 et 2023, le pays a affiché une consommation apparente moyenne de près de 516 000 tonnes d’engrais par an. L’accord avec la Russie vise à stabiliser cet approvisionnement essentiel et à protéger la production agricole malienne contre la volatilité des prix internationaux.
Amen K.