Quatre ans après l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré, la gouvernance du Burkina Faso a connu des bouleversements majeurs, portés par un rejet explicite du modèle démocratique importé de la colonisation. À l’occasion du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance, le 5 août dernier, le chef de l’État a rappelé que les espérances de 1960 avaient été entravées, selon lui, par des « manœuvres persistantes de domination et de prédation » visant les ressources nationales. Le camarade président a réaffirmé que le Burkina mène aujourd’hui une « guerre de libération », combat plus large pour une « souveraineté totale » fondée sur la maîtrise des choix politiques, économiques et sécuritaires.
Sur le plan sécuritaire, les avancées sont présentées comme tangibles. L’opération Lalmassga (« mur de glace »), conduite par les Forces de défense et de sécurité avec l’appui des Volontaires pour la défense de la Patrie, a permis le rétablissement de l’autorité de l’État dans plusieurs zones longtemps sous pression — le bassin du Nakambé, les abords du barrage de Kompienga, ainsi que les secteurs de Djibo et de Toulfé. Le président a également révélé que le pays dispose désormais d’un microscope électronique à balayage, symbole d’une montée en puissance scientifique endogène.
Sur le terrain économique, le bilan revendiqué est tout aussi offensif. Le capitaine Traoré a annoncé que le Burkina Faso avait atteint l’autosuffisance alimentaire dès 2025, fruit d’investissements publics structurants dans les intrants, les semences et la mécanisation agricole. La SONABHY, autrefois déficitaire, contribue désormais au financement des infrastructures publiques, notamment l’approvisionnement en carburant des brigades régionales de construction routière. La Banque mondiale elle-même relève une résilience notable, avec une croissance du PIB réel estimée à 5,3 % en 2025, contre 4,8 % l’année précédente.
Cette dynamique s’inscrit dans un cadre désormais formalisé : le Plan national de développement RELANCE 2026-2030, adopté comme bras opérationnel de la Révolution progressiste populaire, érige l’État en « stratège et bâtisseur », chargé de reprendre le contrôle des mines, de réguler les importations et d’investir massivement dans les infrastructures.
Malgré un contexte international qualifié de « difficile » et les critiques attribuées aux « impérialistes », le pouvoir burkinabè revendique une trajectoire de rupture assumée où la souveraineté, plutôt que l’importation de modèles extérieurs, devient le seul horizon légitime de la gouvernance nationale.
Hakim S.