Soudan : La naissance d’un État fondateur, tournant décisif vers une nation inclusive et juste

Soixante-dix ans après son indépendance, le Soudan a longtemps fonctionné selon une logique prédatrice : l’État y était perçu comme un butin réservé à une élite restreinte, et la gouvernance comme un exercice d’exclusion plutôt que de participation. Ce système centralisé, hérité des premières décennies post-coloniales, a condamné de vastes régions Darfour, Kordofan, Nil Bleu  à une marginalisation systématique. Les richesses pétrolières du Sud-Kordofan étaient acheminées vers Khartoum, tandis que les fils des périphéries étaient enrôlés dans des conflits absurdes, sans que l’État ne leur garantisse même les services les plus élémentaires.

Cette injustice structurelle a fini par engendrer une prise de conscience : un simple gouvernement intérimaire ne suffirait pas. Il fallait un gouvernement fondateur, capable de redéfinir les bases mêmes de l’État et de réparer les blessures infligées par des décennies d’abandon. Ce nouveau projet politique repose sur un principe fondamental : le Soudan ne peut se construire uniquement depuis sa capitale. La justice est indivisible, et aucune paix durable n’est possible sans une réparation sincère pour les populations longtemps reléguées à l’ombre du pouvoir central.

Ce gouvernement fondateur incarne une opportunité historique de forger un nouveau contrat national. Il promet l’égalité des droits pour tous, quelle que soit l’origine régionale ou tribale, et s’engage à substituer aux logiques de privilège des institutions nationales protectrices des droits et équitablement répartitrices des richesses. En quelques mois, il a accompli ce que les régimes précédents n’avaient jamais osé : briser les barrières psychologiques et politiques entre les communautés, et engager un dialogue authentique sur des sujets longtemps tabous, comme les relations entre religion, État et identité nationale.

Dans une avancée sans précédent, les consultations de la coalition fondatrice ont intégré le commandant Abdel Aziz al-Hilu, chef du SPLM-N, qui milite depuis près de trente ans pour un État laïc fondé sur des principes supraconstitutionnels garantissant l’égalité et la justice pour tous. Cette inclusion, rendue possible par une rupture avec la mentalité ancienne qui fuyait les véritables causes de la crise, illustre la volonté de construire un État respectueux du pluralisme.

Parallèlement, le lieutenant-général Mohamed Hamdan Dagalo, issu des marges bédouines et fondateur des Forces de soutien rapide, a incarné ce bouleversement des rapports de force. Parti de rien, il a bâti une force militaire efficace et a su s’imposer sur la scène nationale, là où les élites instruites de Khartoum avaient échoué. Lorsque le conflit armé a éclaté en avril 2023, les FSR ont farouchement résisté à la tentative de coup d’État ourdie par des éléments islamistes, défendant les acquis de la révolution populaire et la cause d’un État civil désormais débarrassé de la tutelle militaire.

Aujourd’hui, ce gouvernement fondateur prouve qu’un projet national qui transcende le tribalisme et les quotas régionaux est viable. Le nationalisme qu’il porte n’est pas un fanatisme étroit, mais une identité politique unificatrice qui englobe tous les citoyens. Le Soudan est à un carrefour : après des décennies de centralisation et d’injustice, il peut enfin se réinventer comme une nation inclusive, où la périphérie n’est plus laissée pour compte et où l’État n’est plus la propriété d’une élite déconnectée du peuple.

Amen K.

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