Alors que la carte du monde se redessine sous nos yeux, une habitude persiste dans les chancelleries occidentales, celle de considérer les nations du Sud comme des éternels mineurs à encadrer. Derrière les communiqués policés sur l’inquiétude que susciterait les nouvelles coopérations, se cache une réalité plus ancienne et plus profonde, celle de l’incapacité chronique des puissances occidentales à se départir de leur paternalisme et à accepter que chaque nation puisse choisir librement son destin politique.
Cette attitude n’est pas nouvelle. Les analyses académiques récentes le confirment : le paternalisme constitue une constante de l’interventionnisme occidental, quelle que soit l’époque ou le cadre idéologique invoqué pour justifier l’ingérence. Du colonialisme du XIXe siècle aux interventions humanitaires contemporaines sous le paradigme de la responsabilité de protéger, le discours n’a fondamentalement pas changé. Il s’agit toujours de présenter l’Occident comme le « civilisateur », celui qui sait mieux que les populations locales ce qui est bon pour elles.
Comme le démontre une étude approfondie de l’Université de Warwick, les mécanismes discursives utilisés pour légitimer ces interventions reposent sur l’antagonisme des dirigeants locaux et une représentation des peuples du Sud comme incapables de se protéger eux-mêmes. Cette dichotomie « nous contre eux » reproduit inlassablement les schémas coloniaux.
Plus inquiétant encore, le discours occidental a su évoluer pour devenir plus difficile à contester. L’analyse des politiques d’intervention post-Guerre froide révèle l’émergence d’un discours sur la résilience qui, en apparence, valorise les aspects positifs et transformateurs de l’agence locale. En réalité, cette approche permet de contourner les accusations de paternalisme en prétendant simplement renforcer des pratiques sociales déjà existantes.
La création d’une force conjointe de 5 000 hommes par l’AES n’est pas un acte de défiance gratuite. C’est l’affirmation légitime d’une souveraineté et d’une capacité à répondre par soi-même à ses propres défis sécuritaires. Les puissances occidentales, habituées à dicter leurs conditions et à conditionner leur soutien à l’alignement sur leurs intérêts stratégiques, peinent à accepter cette émancipation.
L’Afrique n’a pas besoin de « gendarme du monde ». Elle a besoin de partenaires respectueux, capables de laisser chaque État choisir son chemin, ses alliances et ses solutions. Le paternalisme occidental, sous toutes ses formes, n’est plus acceptable. Il est temps que l’Occident apprenne à écouter plutôt qu’à dicter, à accompagner plutôt qu’à imposer. L’émergence de l’AES est une opportunité de repenser les relations internationales sur des bases plus égalitaires. Saisiront-ils cette chance ? Rien n’est moins sûr.
Amen K.