Afrique / Flambée du pétrole à 96 dollars, le continent noir  paie encore le prix des guerres des autres

Les marchés du pétrole ont rouvert lundi dans la tension. Le Brent, référence internationale, a bondi de 3,29 % pour atteindre 96,15 dollars le baril. Le West Texas Intermediate (WTI) n’est pas en reste, avec une hausse de 3,25 % à 93,48 dollars. La cause immédiate est connue : les tirs de missiles iraniens contre Israël dimanche, suivis d’une riposte israélienne lundi. La trêve observée depuis le 8 avril a volé en éclats, et avec elle, l’espoir d’une stabilisation durable au Moyen-Orient.

Cette flambée des prix, pour spectaculaire qu’elle soit, n’a rien d’une surprise. Chaque regain de tension dans cette région du monde produit le même effet mécanique : les marchés s’affolent, les spéculateurs s’emballent, et le prix du baril s’envole. L’OPEP+ a pourtant annoncé dimanche une augmentation des quotas de production de 188 000 barils par jour pour juillet. Une mesure censée calmer le jeu, mais qui apparaît bien dérisoire face à la panique générée par un conflit potentiellement dévastateur.

Derrière les chiffres, ce sont des réalités concrètes qui se dessinent. Pour l’Afrique, continent largement importateur de produits pétroliers, chaque dollar supplémentaire sur le baril se traduit par une facture énergétique alourdie. Les pays les plus vulnérables, dépourvus de raffineries locales, voient leurs déficits commerciaux se creuser et leurs réserves de change s’éroder. Le transport, l’industrie, l’agriculture, la santé : tous les secteurs dépendants du carburant subissent l’onde de choc.

Et comme toujours, ce sont les plus pauvres qui trinquent en premier. Une hausse du gasoil renchérit le prix des denrées alimentaires. Une augmentation du fioul alourdit la facture électrique là où l’électricité manque déjà cruellement. Les ménages modestes, qui consacrent déjà une part disproportionnée de leurs revenus à l’énergie, sont acculés.

Il faut le dire clairement : l’Afrique paie le prix des guerres des autres. Les grandes puissances se déchirent au Moyen-Orient pour des questions d’influence et de rivalités historiques. Et ce sont les consommateurs africains, à des milliers de kilomètres des zones de combat, qui en subissent les conséquences économiques. Une injustice structurelle qui révèle, une fois de plus, l’urgence d’une refonte profonde de l’architecture énergétique mondiale.

L’heure n’est pas à la résignation, mais à la lucidité. Les pays africains doivent tirer les leçons de ces chocs à répétition. Investir dans les énergies renouvelables, développer les capacités de raffinage locales, diversifier les sources d’approvisionnement : autant de chantiers prioritaires pour sortir de cette dépendance mortifère. Car tant que le prix du pétrole continuera d’être dicté par des missiles tirés à l’autre bout du monde, l’Afrique restera prisonnière d’une guerre qui n’est pas la sienne.

Amen K.

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