Longtemps cantonné à l’exportation de matières premières brutes, le Burkina Faso change progressivement de cap. Noix de cajou, sésame, karité, mangue, tomate : ces dernières années, plusieurs unités industrielles ont vu le jour ou monté en puissance pour transformer localement une partie de ces productions. Le mouvement est encore inégal, mais il est réel et place le pays parmi les économies de la sous-région qui misent sérieusement sur la valeur ajoutée.
Les autorités ont fait de la souveraineté alimentaire et de l’industrialisation un axe prioritaire. Offensives agropastorales, appui aux jeunes entrepreneurs, facilités destinées aux transformateurs locaux : l’objectif est de retenir sur le territoire national une plus grande part de la richesse créée par l’agriculture, au lieu de la voir captée par les acheteurs étrangers.
Dans la mangue séchée, l’amande de cajou ou le beurre de karité, des entreprises burkinabè, souvent portées par des femmes et de jeunes promoteurs, gagnent en visibilité sur les marchés régionaux et internationaux. Le pays dispose d’un atout de taille : une grande diversité de productions agricoles adaptée à la transformation, et un tissu de PME dynamiques, notamment autour de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso.
Face à la Côte d’Ivoire, championne régionale de la transformation du cajou et du cacao, ou au Ghana et au Sénégal, mieux dotés en infrastructures portuaires, le Burkina Faso part avec un handicap structurel : son enclavement. Il le compense en partie par sa position au cœur de l’espace sahélien et par le renforcement des échanges avec ses partenaires de l’Alliance des États du Sahel, qui ouvre de nouveaux débouchés.
Pour transformer l’essai, plusieurs obstacles restent à lever : coût et fiabilité de l’énergie, accès au financement, chaîne du froid, respect des normes d’exportation et logistique de transport. Sans réponse à ces contraintes, les unités existantes risquent de tourner en dessous de leurs capacités.
Le Burkina Faso n’est pas encore le leader régional de la transformation agroalimentaire, mais il n’est plus un simple fournisseur de matières premières. En consolidant ses industries et en structurant ses filières, il peut s’affirmer comme un acteur de référence du Sahel, capable de nourrir ses populations et d’exporter des produits finis « made in Faso ».