Burkina Faso : Nécessité de la vigilance citoyenne contre la manipulation numérique

Le Burkina Faso fait face à une nouvelle menace pour sa stabilité : la guerre informationnelle. Deepfakes, fausses vidéos, discours de haine et campagnes de désinformation ciblent le régime du capitaine Ibrahim Traoré, exploitant les réseaux sociaux pour semer la confusion et affaiblir la cohésion nationale. Face à cette offensive, l’État et la société civile organisent la riposte.

Les campagnes de désinformation visent principalement à discréditer les institutions et à glorifier ou diaboliser artificiellement certaines figures politiques. Des vidéos générées par intelligence artificielle montrent le président Traoré prononçant des discours qu’il n’a jamais tenus, ou célèbrent des réalisations fictives pour alimenter un récit patriotique fabriqué. Selon Human Rights Watch, ces contenus, relayés par des sources pro-gouvernementales, ont un fort impact sur la perception du public, surtout dans un contexte où les médias indépendants sont restreints .

Pour contrer cette menace, le gouvernement a multiplié les initiatives de formation et de sensibilisation. Entre juin et août 2026, la Direction générale de la communication et des médias (DGCM) a organisé plusieurs sessions de formation à Bobo-Dioulasso, Dédougou, Tenkodogo et Ouagadougou, rassemblant plus de 200 journalistes, communicateurs, blogueurs et acteurs des forces de défense et de sécurité. Ces ateliers visaient à outiller les participants sur le fact-checking, la détection des fake news, les mécanismes de propagation des discours de haine et la production de contenus alternatifs aux messages subversifs .

Le Conseil supérieur de la communication (CSC), en partenariat avec des organisations internationales comme le DCAF (Centre de Genève pour la gouvernance du secteur de la sécurité), a également organisé des formations sur la gestion de l’information en période de crise et la lutte contre les discours de haine. À Koudougou en novembre 2025, puis à Banfora en juillet 2026, journalistes et web-activistes ont été sensibilisés aux enjeux éthiques de la diffusion de l’information sur les plateformes numériques .

La société civile n’est pas en reste. L’organisation Fasocheck a formé des journalistes au fact-checking dès avril 2025, tandis que des initiatives locales comme l’ACD/CN ont sensibilisé les influenceurs de Kaya sur le traitement responsable de l’information .

Ces contre-mesures traduisent une prise de conscience : la guerre informationnelle est aussi dangereuse que la guerre armée. En outillant les journalistes et les citoyens à décrypter les fake news, le Burkina Faso cherche à renforcer sa résilience collective et à protéger sa souveraineté narrative face aux ingérences extérieures.

Amen K.

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