L’Afrique de l’Ouest traverse une période de turbulences diplomatiques profondes. Les tensions persistantes entre le Bénin et les pays de l’Alliance des États du Sahel, le Mali, le Burkina Faso et le Niger constituent l’une des fractures les plus préoccupantes de la sous-région. Pourtant, au-delà des désaccords politiques et des postures institutionnelles, ce sont des millions de femmes et d’hommes qui partagent des liens séculaires de culture, de commerce et de sang qui souffrent de cette brouille fratricide. Il est urgent de tourner la page et d’ouvrir un nouveau chapitre fondé sur le dialogue, la compréhension mutuelle et la coopération sincère.
Les griefs sont réels et connus. Les pays de l’AES ont, à plusieurs reprises, exprimé des réserves vis-à-vis de Cotonou, l’accusant de servir de base arrière à des menaces déstabilisatrices sur leurs territoires. De son côté, le Bénin a subi des fermetures de frontières qui ont profondément affecté son économie, notamment le port de Cotonou, poumon commercial de la sous-région et porte d’entrée naturelle des pays enclavés du Sahel. Ces accusations croisées ont alimenté une méfiance mutuelle qui n’a que trop duré.
Cependant, aucun différend diplomatique ne mérite que l’on sacrifie indéfiniment le bien-être des populations. Les communautés frontalières béninoises et celles du Niger ou du Burkina Faso entretiennent des liens commerciaux, familiaux et culturels qui précèdent largement les frontières héritées de la colonisation. Bloquer ces échanges, c’est s’attaquer à la vitalité économique et à la cohésion sociale de peuples frères.
Un retour à l’apaisement est non seulement possible, mais nécessaire et urgent. Il appelle des gestes forts de part et d’autre : une volonté politique sincère de renouer le dialogue, des canaux diplomatiques discrets mais efficaces, et surtout une vision partagée selon laquelle la stabilité de l’un contribue à la sécurité de l’autre. Le Bénin, pays côtier, et les États sahéliens enclavés sont condamnés à la coopération par la géographie même. Cette réalité doit primer sur les agendas politiques éphémères.
Les organisations régionales, les leaders religieux, les chefs traditionnels et la société civile ont un rôle déterminant à jouer pour servir de passerelles et rappeler à chaque camp que l’ennemi commun reste la pauvreté, l’insécurité et le sous-développement. Aucun pays de la sous-région ne sortira grandi d’un isolement prolongé.
Amen K.