L’Union européenne a officiellement décidé de ne pas reconduire son assistance financière de 20 millions d’euros destinée à l’armée rwandaise (RDF) déployée dans la province de Cabo Delgado, au Mozambique. Cette annonce marque un tournant diplomatique majeur et une rupture significative dans la coopération sécuritaire entre Bruxelles et Kigali.
L’objectif initial de l’UE était clair : sécuriser la région mozambicaine contre l’insurrection djihadiste. Cependant, le maintien du financement au profit du Rwanda s’est heurté à une réalité géopolitique devenue insurmontable. L’implication directe des forces rwandaises aux côtés des rebelles du M23 dans l’Est de la République démocratique du Congo a rendu ce soutien indéfendable au sein des instances européennes.
Cette suspension intervient malgré les avis contraires de plusieurs États membres, notamment la France, le Portugal et l’Italie. Ces pays plaidaient pour une reconduction de l’aide afin de ne pas fragiliser les opérations de lutte contre le terrorisme au Mozambique.
Pour de nombreux observateurs, cette décision reflète une volonté de cohérence de la part de Bruxelles. Les rapports d’experts des Nations Unies confirment régulièrement le soutien de Kigali aux mouvements déstabilisateurs en RDC. Dans ce contexte, financer les troupes rwandaises, même sur un autre théâtre d’opérations, envoyait un signal contradictoire.
Cette mesure s’ajoute à la pression croissante de la communauté internationale sur le Rwanda pour qu’il cesse ses activités militaires sur le sol congolais. Si Bruxelles souhaite continuer à stabiliser Cabo Delgado, l’arrêt de cette enveloppe de 20 millions d’euros pose désormais la question des moyens logistiques des forces rwandaises dans la région.
Kigali n’a pas encore réagi officiellement à cette décision. Ce désaveu financier souligne d’un côté l’isolement diplomatique progressif du Rwanda face à la crise sécuritaire persistante dans la région des Grands Lacs. De l’autre, il marque une nette victoire diplomatique pour Kinshasa, qui exigeait des sanctions des 27 contre le régime de Paul Kagame, accusé de mener une guerre d’agression contre la RDC.
Amen K.