Le Togo inscrit son nom dans l’histoire de la représentation du continent. Par la voix de sa diplomatie, le pays a salué l’adoption, lors de la 39e Assemblée des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine (UA), les 14 et 15 février 2026 à Addis-Abeba, d’une décision historique visant à corriger la représentation cartographique de l’Afrique. Une initiative portée par le Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, qui franchit ainsi une étape décisive dans le combat pour une image fidèle du continent.
Derrière cette décision se cache un constat scientifique implacable. Depuis des siècles, la projection dite de Mercator, élaborée en 1569 par le cartographe flamand Gérard Mercator, domine les représentations du monde. Si elle a révolutionné la navigation en préservant les angles, elle a en revanche profondément déformé la réalité des surfaces. Les territoires situés près de l’équateur, comme l’Afrique, apparaissent visuellement réduits, tandis que les régions tempérées, notamment l’Europe et l’Amérique du Nord, semblent artificiellement agrandies. Une distorsion qui a durablement ancré dans les imaginaires une perception erronée du poids réel du continent africain, lequel représente pourtant 20 % des terres émergées et près de 18 % de la population mondiale.
La résolution adoptée par la Conférence des chefs d’État de l’UA ne se contente pas d’un simple constat. Elle pose des actions concrètes pour inverser cette tendance. Les États membres sont ainsi encouragés à promouvoir l’utilisation de projections cartographiques plus équitables et scientifiquement exactes dans leurs systèmes éducatifs, leurs publications officielles et leurs supports institutionnels. Par ailleurs, l’Union africaine invite les organisations internationales, les institutions académiques et les éditeurs à adopter des représentations fidèles à la réalité géographique du continent. Enfin, la Commission de l’UA et les États membres sont chargés de mener une réflexion approfondie sur les standards cartographiques à recommander à l’échelle continentale.
Cette victoire diplomatique trouve ses racines dans l’initiative portée par le Togo en 2025 à l’ONU, visant à « décoloniser la géographie ». Le pays avait alors dénoncé avec force les biais hérités des représentations cartographiques occidentales, appelant à une prise de conscience collective. Pour les autorités togolaises, cette décision dépasse largement le cadre symbolique. Selon le ministère des Affaires étrangères, il s’agit de « remédier aux distorsions historiques » qui ont contribué à minimiser visuellement le poids de l’Afrique au profit d’autres régions du monde.
Avec cette décision historique, l’Afrique, portée par le leadership diplomatique togolais, reprend la main sur son image et pose un jalon essentiel dans la déconstruction des héritages coloniaux qui persistent jusque dans les atlas.
Amen K.