Le gouvernement burkinabè vient de franchir un pas décisif dans la consolidation de sa souveraineté économique. Un décret d’application de la loi n°022-2025/ALT, adopté en Conseil des ministres, impose désormais aux grandes entreprises réalisant un chiffre d’affaires annuel d’au moins cinq milliards de F CFA de construire ou d’acquérir leur siège sur le sol national. Derrière cette mesure apparemment administrative se cache un levier de transformation profonde pour l’économie du pays.
L’avantage le plus immédiat pour l’État burkinabè réside dans l’élargissement de son assiette fiscale. Des entreprises qui opèrent et profitent du marché national sans y être physiquement ancrées représentent un manque à gagner considérable pour les finances publiques. L’implantation durable de leurs sièges sur le territoire permet une meilleure traçabilité des activités, une transparence accrue dans les déclarations et, in fine, des recettes fiscales plus substantielles pour financer les politiques publiques essentielles.
Mais le bénéfice va bien au-delà de la simple optimisation fiscale. Cette obligation constitue un puissant accélérateur du développement urbain et immobilier du pays. Les chantiers de construction des sièges sociaux imposants par nature vont générer une activité soutenue dans le secteur du bâtiment et des travaux publics. Des milliers d’emplois directs et indirects seront créés, des architectes aux manœuvres, en passant par les fournisseurs de matériaux locaux. C’est tout un écosystème économique qui se trouve dynamisé.
L’ancrage territorial des grandes entreprises comporte également une dimension stratégique majeure. Un siège social implanté durablement au Burkina, c’est la garantie que les décisions concernant les investissements, les recrutements et les orientations stratégiques sont prises sur place, en cohérence avec les priorités nationales. C’est la fin des centres de décision lointains, coupés des réalités locales, qui traitaient le pays comme une simple zone d’extraction de profits.
Cette mesure participe enfin à la modernisation du cadre des affaires. La construction de sièges dignes de ce nom améliore l’image du secteur privé national, attire les investisseurs internationaux en quête de partenaires structurés et renforce la crédibilité du Burkina comme place économique sérieuse. À terme, ce sont les conditions d’une concurrence loyale entre entreprises établies qui se trouvent consolidées.
En exigeant des grandes entreprises qu’elles bâtissent leur siège sur son sol, l’État burkinabè ne se contente pas de légiférer. Il pose les fondations d’un partenariat gagnant-gagnant, où la croissance du privé nourrit celle de la nation tout entière.
Amen K.