En adoptant à l’unanimité la loi de dissolution des partis politiques, l’Assemblée législative de transition (ALT) du Burkina Faso engage une refonte radicale du paysage partisan, présentée comme un remède à une crise systémique. Face à la déliquescence institutionnelle et à l’urgence sécuritaire, le gouvernement justifie cette mesure par la nécessité de corriger les dérives nées du multipartisme et de poser les bases d’un contrat politique renouvelé.
La décision cible explicitement les insuffisances d’un système régulé par des textes de 2001 et 2009. Pour l’exécutif, ces lois ont engendré une prolifération anarchique de formations sans idéologie claire, sans ancrage territorial et sans représentativité réelle. Cette fragmentation a, selon lui, vidé la compétition politique de son sens, alimentant le clientélisme et érodant la confiance des citoyens envers les institutions. Dans un pays confronté à une insécurité majeure et à des défis existentiels, cette architecture politique est jugée non seulement inadéquate, mais contre – performante.
Le projet de loi se veut donc un correctif profond visant à restaurer la substance de la vie démocratique. Il ne s’agit pas simplement de dissoudre, mais de préparer un cadre futur où la création de partis sera vraisemblablement conditionnée à des exigences renforcées de cohérence programmatique, d’implantation nationale et de responsabilité financière. L’objectif affiché est de remplacer une logique quantitative et opportuniste par une logique qualitative, où les formations politiques auront pour mission réelle d’animer le débat public et de structurer l’expression citoyenne.
Cette réforme s’inscrit dans la volonté plus large des autorités de transition de « refonder l’État ». En faisant table rase du système partisan actuel, le pouvoir cherche à rompre avec des pratiques considérées comme sources d’instabilité et d’immobilisme. Il s’agit de créer les conditions pour que, dans une phase ultérieure, une vie politique renaissante soit alignée sur les impératifs de la cohésion nationale et de la lutte contre le terrorisme.
Toutefois, cette dissolution générale, intervenue sans consultation populaire et dans un contexte de suspension de la Constitution de 1991, pose des questions fondamentales sur la voie choisie. Si le gouvernement y voit une cure salutaire pour assainir la scène socio-politique, ses détracteurs pourraient y déceler une consolidation autoritaire du régime de transition et une marginalisation accrue de la dissidence. L’avenir dira si cette chirurgie radicale parvient à régénérer la confiance et à créer un espace politique plus sain, ou si elle marque une étape vers une concentration durable du pouvoir.
Amen K.