Dans un contexte de compétition géostratégique accrue, les États-Unis franchissent une étape clé pour prolonger leur principal instrument commercial avec l’Afrique. La Chambre des représentants a adopté, le 12 janvier, le projet de loi « AGOA Extension Act » visant à proroger jusqu’au 31 décembre 2028 l’African Growth and Opportunity Act. Ce programme, arrivé à expiration le 1er octobre 2025, permettait aux pays éligibles d’Afrique subsaharienne d’exporter vers les États-Unis en franchise de droits de douane.
Le texte, approuvé par 340 voix sur 394, traduit une volonté bipartisane de maintenir une présence économique américaine sur le continent. Il prévoit le remboursement des droits payés depuis l’expiration du dernier cycle, offrant ainsi une couverture rétroactive aux exportateurs africains. Le projet de loi doit désormais être examiné par le Sénat.
Cette initiative intervient dans un paysage commercial transformé. L’administration Trump avait instauré de nouveaux tarifs douaniers, et la reconduction de l’AGOA ne protège pas automatiquement des taxes spécifiques décrétées par la Maison Blanche. Cette ambiguïté souligne le caractère politique de l’outil. Le texte du Congrès l’admet explicitement, présentant l’AGOA comme un levier pour garantir la « sécurité économique et nationale » face aux rivalités, notamment chinoise.
L’ombre de la géopolitique plane en effet sur le dispositif. L’Afrique du Sud, premier bénéficiaire du programme, voit son maintien dans la liste remis en question. Washington lui reproche ses relations étroites avec la Chine, la Russie et l’Iran, ainsi que sa participation à des manœuvres navales avec ces pays. Cette tension illustre comment l’AGOA pourrait être utilisé comme une « arme » pour inciter les pays à s’aligner sur les intérêts américains.
Cette prorogation est également une réponse directe à l’offensive commerciale chinoise. Pékin a supprimé les droits de douane sur les importations en provenance de 53 pays africains, créant un contraste avec les tarifs américains. Les législateurs américains craignent qu’un abandon de l’AGOA ne crée un « vide » que la Chine et la Russie s’empresseraient de combler, d’autant que le continent détient environ 30% des ressources mondiales en minerais critiques.
Lancé en 2000, l’AGOA conditionnait ses préférences commerciales à des critères politiques et économiques, comme l’engagement en faveur de l’État de droit et de l’économie de marché. Sa probable reconduction marque moins un renouveau de la coopération qu’une adaptation réaliste à une nouvelle ère de compétition, où le commerce devient un instrument au service de l’influence.
Amen K.