À la croisée des chemins entre une tradition administrative sclérosée et les exigences de modernité, le Gabon a choisi sa voie. La signature, en septembre 2025, de l’ordonnance n°0006/PR/2025 portant réglementation de la digitalisation en République gabonaise marque un tournant décisif. Plus qu’un simple texte technique, ce document incarne la vision stratégique du Président Brice Clotaire Oligui Nguema, notamment faire de la transformation numérique le moteur incontournable de la refonte de l’État.
Cette ordonnance n’est pas née dans l’abstraction. Elle répond à un constat sévère, régulièrement dénoncé par les citoyens et les entrepreneurs : les lenteurs administratives chroniques qui étouffent les initiatives, retardent les projets et entament la confiance dans les services publics. Ces dysfonctionnements, souvent attribués à des procédures papiers obsolètes, à une organisation cloisonnée et à un manque de traçabilité, sont identifiés comme un frein majeur au développement national.
Le texte présidentiel pose ainsi les fondements juridiques d’une révolution numérique globale. Loin de se limiter à la numérisation d’archives, il vise à repenser intégralement le parcours de l’usager. L’objectif est clair : dématérialiser les démarches, simplifier les procédures, et garantir un traitement plus rapide et transparent des dossiers. En institutionnalisant la digitalisation, l’État gabonais cherche à instaurer une culture de l’efficacité, de la responsabilité et du résultat au sein de sa fonction publique.
Les implications sont profondes. Pour les citoyens, cela promet une réduction des délais d’attente, une diminution des déplacements et des coûts liés aux démarches, et un accès plus équitable aux services, y compris dans les zones éloignées. Pour les entreprises, c’est l’espoir d’un environnement des affaires assaini, avec des procédures de création d’entreprise, d’obtention de permis ou de réponse aux appels d’offres fluidifiées. Pour l’administration elle-même, c’est un défi de taille : celui de la montée en compétence numérique des agents, de la sécurisation des données et de la refonte des processus internes.
Toutefois, le chemin sera exigeant. Le succès de cette ambition dépendra de la rigueur de sa mise en œuvre. Il nécessitera des investissements soutenus en infrastructures technologiques, une formation massive des fonctionnaires et une campagne de sensibilisation pour accompagner les usagers dans cette transition. La digitalisation ne doit pas créer une nouvelle fracture, mais être un outil d’inclusion.
En inscrivant la transformation numérique dans la loi, le Président Oligui Nguema lui donne un caractère impératif et prioritaire. L’ordonnance de septembre 2025 est plus qu’un décret ; c’est le manifeste d’une administration gabonaise qui aspire à entrer de plain-pied dans le XXIe siècle, en faisant du numérique le levier de sa crédibilité et de son efficacité au service de la nation. L’avenir dira si le texte saura transcender le cadre juridique pour produire une amélioration tangible dans le quotidien des Gabonais.
Amen K.