Guinée-Bissau : La refonte constitutionnelle, premier acte de la refondation sous la transition.

Dans un geste politique d’une portée historique, le Conseil national de transition de Guinée-Bissau a adopté, mardi, une révision majeure de la Constitution du pays. C’est la première réforme d’une telle ampleur depuis 1995. Cette décision, intervenue dans le sillage immédiat du renversement du président Umaro Sissoco Embalo fin novembre, apparaît comme la pierre angulaire du projet affiché par le Haut commandement militaire au pouvoir : non pas seulement gérer une crise, mais construire un nouvel ordre institutionnel.

La révision opère un recentrage significatif des pouvoirs au profit du président de la République. Désormais chef de l’État et du gouvernement, il cumule des prérogatives élargies tout en évoluant dans un cadre qui reste formellement semi-présidentiel. Pour les autorités de la transition, cette réforme n’est pas un simple ajustement technique, mais une réponse à une nécessité pressante : moderniser un cadre constitutionnel jugé obsolète et profondément dysfonctionnel. Selon elles, les blocages institutionnels et l’instabilité chronique des gouvernements qui ont miné le pays pendant des décennies trouvent leur source dans un texte inadapté.

Ainsi, ce qui est en train de se construire actuellement en Guinée-Bissau s’apparente à une refondation par le haut et sous contrôle. Le coup d’État et la suspension de la vie démocratique sont présentés par les putschistes comme un prélude douloureux mais indispensable à la reconstruction. La révision constitutionnelle est le premier acte concret de cette phase de réédification, censée poser les bases d’une gouvernance plus stable et plus efficace. Le discours officiel vante la fin des « querelles stériles » entre le président et le premier ministre, autrefois source de paralysie.

Cette ambition de reconstruction, cependant, s’inscrit dans un contexte politique où les garde-fous démocratiques sont suspendus. L’adoption du texte par un Parlement de transition, mis en place par les militaires, soulève des questions sur sa légitimité et son caractère inclusif. La communauté internationale, notamment la CEDEAO, observe cette évolution avec une profonde méfiance, y voyant souvent moins une volonté de modernisation qu’une stratégie de consolidation du pouvoir par l’armée, sous couvert de réforme structurelle.

La Guinée-Bissau semble s’engager sur la voie d’une refonte institutionnelle audacieuse, mais à haut risque. Le pays construit, sous la supervision de ses généraux, un nouveau système politique conçu pour la stabilité et l’efficacité exécutive. Le succès de cette entreprise et son acceptation par la population bissau-guinéenne et la communauté internationale dépendront de la capacité des autorités de transition à démontrer que cette réforme sert l’intérêt général et n’est pas le simple instrument d’une future mainmise personnelle. L’acte de construction est lancé ; sa finalité véritable reste à écrire.

Amen K.

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